Qu’est-ce que la conscience du corps ? C’est la forme à laquelle nous nous identifions dès l’enfance. Celle  qui grandira, vieillira et nous donnera des complexes. Ce sera aussi cette image renvoyée par le miroir de l’entrée de l’immeuble. La cérémonie annuelle de la mesure de notre taille inscrite sur la porte de la cuisine. Cette douleur ressentie lorsque nous venons de nous cogner au coin de la table. Ce cœur qui bat trop vite lors de nos premiers sentiments amoureux. Ce réflexe de respirer plus intensément lorsqu’on se met à courir. Cette structure qui nous permet de nous mettre en mouvement pour aller voir des amis. Tout ce fonctionnement interne dont on n’a pas conscience mais qui fait du corps une merveilleuse machine très complexe. Notre interprétation de ce corps n’est qu’un abrégé, un croquis, une image imprécise, à la fois une apparence, un mirage mais aussi une mémoire confuse…

En fait, le corps est comme une machine qui sert à exécuter une multitudes d’actes entre la naissance et la mort. Il a des capacités inouïes. Cependant, tout cela n’est pas accessible à notre conscience. Raison pour laquelle nos facultés ne sont pas infinies…

Bébé, nous connaissons notre corps au travers des caresses de notre mère, des bercements qui nous endorment, de tous ces câlins que nous avons le privilège de recevoir, car tout le monde veut nous en donner, un bébé c’est tellement doux et inoffensif… C’est peut-être l’âge où nous avons le plus conscience de notre corps : la faim nous fait souffrir, dès que nous fatiguons ou que quelque chose ne nous convient pas, nous le faisons comprendre. Tout le monde prend soin de nous et nous savons solliciter cette attention. Et puis nous grandissons. Au fur et à mesure, c’est notre personnalité, nos pensées qui s’imposent. Nous contrôlons par notre esprit. Nous perdons de vue cette conscience du corps. Nous ne l’écoutons plus, nous le maltraitons jusqu’au jour où nous sommes rattrapés par la douleur, la maladie…

Je ne veux pas dire qu’il faut s’apitoyer sur ces douleurs, ces maladies qui nous envahissent. Mais il est nécessaire de ne pas négliger notre corps. Il est certain, qu’il ne faudrait pas attendre les premières manifestations de souffrance pour écouter son corps mais ce sont des signaux d’alarme à partir desquels il devient urgent de ne plus se délaisser.

Le shiatsu peut être un tremplin pour y parvenir. En effet, lorsque les patients arrivent sur mon futon, la plupart ne connaissent pas le shiatsu. C’est une totale découverte qui j’espère est le plus souvent agréable. En fin de séance, beaucoup me disent qu’ils n’avaient absolument pas conscience de tout ce qui peut bouger dans un corps et comment cela peut bouger. La plupart du temps, ils me parlent de sensation un peu comme « des fourmillements », « des picotements », « des barrages qui s’ouvrent pour qu’un flux se déverse », « des choses qui remontent à la surface », « de zones du corps qui reprennent vie », « d’équilibrage entre gauche et droite, haut et bas »… et après lorsqu’ils reviennent de « chamboulement », « mieux-être », « amélioration », « plus grande motivation »… mais aussi d’une grande fatigue et d’émotions dans les 24 à 48h qui ont suivi la séance. Si j’ai la chance qu’ils reviennent, je les vois doucement évoluer et la plupart du temps se débarrasser des boulets qui entravaient leur avancée. Ils reprennent conscience de leur corps et recommencent à en prendre soin, à le respecter.

Le shiatsu leur a permis de sentir qu’ils ne sont pas un esprit d’un côté et un corps de l’autre, mais qu’ils font un tout, et que reprendre conscience de son corps c’est aussi reprendre conscience de sa vie